Le tabac est-il réellement dangereux pour la santé ?

Des études prouvent que la cigarette n’est pas nocive pour la santé, que la nicotine ne provoque aucune addiction particulière et qu’aucun lien n’est établi entre tabac et cancer. C’est ce qu’affirment les sept représentants des grandes marques de cigarettes dans une déclaration commune. Nous sommes en 1953. À l’époque, aux États-Unis, les médecins qui s’inquiètent de la dangerosité de la cigarette alertent les autorités sur les méfaits du tabagisme. Par peur de voir s’effondrer leur empire qui repose sur des milliards de dollars, les cigarettiers créent le CTR, Council for Tabacco Research. Ce conseil est chargé de prouver la non-dangerosité du tabac et de redorer l’image des fumeurs. Les lobbys investissent à l’époque trois cents millions de dollars pour acheter à des scientifiques des études sur l’innocuité du tabac. Le doute est dans les esprits. La cigarette est-elle si mauvaise pour la santé ? Il faudra attendre dix ans et huit millions de morts pour que les liens s’établissent. Encore quelques décennies seront nécessaires pour prohiber la cigarette dans les publicités, imposer les paquets neutres, et interdire le tabac dans les films autant que dans les lieux publics. C’est désormais un fait acquis, fumer nuit gravement à la santé.

Investir dans des études à son avantage, se faire passer pour une victime, s’appuyer sur une image rassurante, discréditer les accusateurs, voici autant de manipulations qu’utilisent les lobbys pour défendre leurs intérêts lorsque ceux-ci sont attaqués.

Nous sommes en 2019. Si les méfaits du tabac sont acquis, des études sur d’autres sujets de santé sèment le doute. Aujourd’hui, il existe autant d’études qui prouvent la dangerosité du glyphosate que d’études qui prouvent son innocuité. Des études ont attesté de la non-dangerosité de l’amiante, du nuage de Tchernobyl, des pesticides ou des nanoparticules, quand d’autres ont prétendu l’inverse. Certains scientifiques dénoncent les liens entre autisme et vaccination quand d’autres écartent tout rapport.

Que dit la science ?

Peut-on avoir un point de vue objectif sur une question quand bien même elle est scientifique ? Comment savoir si un remède, une alimentation, une médecine produisent des effets secondaires ?

Le chamanisme nous enseigne que l’objectivité n’existe pas. Toute réalité part du point de vue de l’observateur. L’ethnologue Claude Lévi-Strauss s’interrogeait sur le comportement étrange d’une tribu, sans réaliser que cette tribu réagissait justement à sa présence. Et si l’objectivité n’existait pas ? En regardant un verre d’eau, l’un y voit le remède à sa soif, l’autre observe le détail du verre, la fourmi se méfie car elle peut s’y noyer. Rien n’existe indépendamment de notre regard. Qu’il s’agisse de la souffrance animale, du bien-être au travail ou de l’efficacité d’une molécule, les scientifiques ne s’accordent pas puisque chacun part d’un a priori. Aucun laboratoire n’investirait des centaines de milliers d’euros dans une étude s’il n’y voyait pas un intérêt ! Quel laboratoire s’engagerait financièrement pour démontrer l’action positive de l’autoguérison, du pouvoir de persuasion, ou les bénéfices des médecines naturelles ?

Dès qu’il s’agit de « prouver scientifiquement » telle ou telle procédure, tous les coups sont permis. Chacun part de son a priori et tente de justifier par des expériences, des recoupements, des comparaisons, qu’il a raison. Notre a priori conditionne notre posture, notre posture influe sur notre résultat, notre résultat conforte notre a priori. C’est le mode de construction de ce qu’on appelle une croyance.

Enedis investit des sommes très importantes pour prouver que les ondes de ses compteurs Linky ne sont pas dangereuses pour la santé. C’est leur intérêt. Des citoyens, sensibles ou électrosensibles, étudient avec des radiesthésistes ou des magnétiseurs leur effet nocif sur la santé. La jurisprudence reconnaît la dangerosité de cesdites ondes dans certaines affaires et l’innocuité de ces mêmes ondes dans d’autres. Certains tribunaux ont donné gain de cause à Enedis, d’autres tribunaux ont confirmé les dossiers de victimes. Qui a raison, qui a tort ?

La première honnêteté consiste à reconnaître que l’objectivité n’existe pas, que tout part d’un a priori.

Aujourd’hui, la France vient de décider du déremboursement de l’homéopathie. De nouvelles études ont prouvé que cette médecine « agissait au mieux comme un vulgaire placebo ». Et tant pis pour les centaines de milliers de personnes qui se soignent encore avec succès par cette approche thérapeutique. L’efficacité de l’homéopathie est dénoncée en France et reconnue en Allemagne ou en Autriche. L’Inde compte deux cent mille médecins homéopathes, distingués et respectés par le gouvernement. Ainsi, plusieurs médecines parallèles ne sont pas reconnues en France et sont remboursées dans d’autres pays. Tout n’est qu’une question d’intérêt, de point de vue, d’objectif et d’a priori.

 

La science est-elle à la mode ?

Il faut toujours qu’une vérité soit raillée, puis niée en bloc, avant d’être acceptée comme une évidence. Il y a toujours un décalage entre les dernières découvertes scientifiques et le moment où elles sont admises par le grand public. Beaucoup rient encore de voir des jardiniers parler à leurs tomates. Pourtant, des études récentes en Italie ou en Hollande ont démontré scientifiquement l’intelligence végétale, sa capacité d’empathie, de communication et de mémoire émotionnelle. De nombreuses personnes, en France, doutent encore de la réalité de la télépathie ou des aptitudes de l’humain à percevoir des événements avant qu’ils ne se produisent, quand maintes écoles en Inde et des gouvernements du monde entier investissent des millions de dollars chaque année pour affiner des programmes innovants sur ces thèmes sensibles.

Il faudra encore quelques décennies pour que les découvertes de ces dernières années en physique quantique ou en neurosciences touchent le grand public et modifient nos a priori.

Savoir ou connaissance

Comment discerner ce qui est vrai ? Les chamans distinguent le savoir de la connaissance. Le savoir est le fruit d’études menées par d’autres qui nous a été transmis par des lectures, des discussions, des formations. La connaissance est la rencontre directe avec l’expérience. Le savoir permet de connaître l’histoire des religions, la connaissance permet de rencontrer Dieu. Les chevaux n’ont pas étudié la biologie, mais lorsque leur régime alimentaire change, ils savent où trouver le magnésium ou le fer qui leur manque en consommant plus de baies ou de trèfle. Les hirondelles savent où bâtir leur nid, et les oies, quel itinéraire emprunter pour leurs migrations. Les chamans apprennent par l’expérience, la méditation, l’introspection et l’aventure intérieure. C’est ainsi au cœur de la jungle qu’ils ont compris que le curare était un paralysant, que telle plante favorisait le sommeil et que cette autre apaisait les aigreurs d’estomac. L’essentiel des facultés des plantes a été découvert, non pas en laboratoire, mais de façon intuitive par les chamans, il y a souvent plusieurs siècles, par l’expérience intérieure, la méditation, la transe. Les travaux de Jeremy Narby nous éclairent sur l’origine de la connaissance des chamans en matière de plantes.

Dans son film magnifique, L’Infinie puissance du cœur, Baptist De Pape décrit en détail comment le cœur est un vrai centre d’intelligence tout aussi puissant que le cerveau, et qu’en nous reliant à notre cœur, nous pouvons obtenir la réponse à un grand nombre de questions qui concernent nos besoins de base, notre alimentation, notre santé, nos remèdes, nos choix fondamentaux.

L’étymologie du mot chaman vient d’une langue d’Asie Centrale, le toungouse, qui signifie « celui qui détient la connaissance ». La connaissance n’est pas le savoir.

Si la multiplication des outils et des approches, notamment sur Internet, favorise l’accès au savoir, elle fragilise la transmission de la connaissance.

Vers une transmission naturelle

De nouvelles lois votées en France interdisent désormais la transmission naturelle de connaissances plusieurs fois centenaires. Il est maintenant interdit d’affirmer que le millepertuis favorise notre sommeil, que le plantain apaise les brûlures ou que le romarin est bon pour la digestion. Nous ne pouvons plus soutenir ce que nos ancêtres savaient et se transmettaient oralement, parce que ce n’est pas prouvé scientifiquement – puisque les laboratoires ont imposé de nouvelles normes dans les études scientifiques pour faire reconnaître l’utilité d’une molécule, d’une plante, d’un légume. Il faut désormais financer des études qui coûtent plusieurs centaines de milliers d’euros pour prouver l’efficacité d’une plante. Bien peu de petits producteurs d’huiles essentielles ou d’herboristeries pourront s’offrir ces recherches. 

Cet herboriste que je questionnais sur les vertus médicinales de la lavande me répondait : « Je n’ai plus le droit de l’affirmer, puisque les nouvelles réglementations en France nous l’interdisent. Mais les anciens disaient que la lavande, au-delà d’apaiser les problèmes de peau, d’eczéma, de psoriasis, favorise le sommeil et les troubles nerveux. » En effet, enfant, je faisais spontanément et avec succès l’expérience de placer un sac de lavande sous mon oreiller pour passer de bonnes nuits.

Alors, sommes-nous aujourd’hui condamnés à perdre la transmission naturelle sur la connaissance des plantes, de la lune et du corps, celles que nous communiquaient nos ancêtres depuis la nuit des temps ? 

On dit que la pieuvre, qui est dotée d’une intelligence supérieure, pourrait maîtriser les océans. Elle n’a qu’une faiblesse : les parents ne lèguent aucun savoir à leurs enfants et les abandonnent à eux-mêmes à la naissance. La transmission est rompue à chaque génération. Serions nous condamnés à perdre nous aussi notre savoir ancestral ?

La sagesse des chamans

Depuis vingt ans, je consacre ma vie à établir les ponts entre la sagesse des peuples premiers et le monde moderne. À travers mes voyages sur les cinq continents, je rencontre les chamans de Mongolie, les Maoris de Nouvelle-Zélande, les hommes-médecine amérindiens, celles et ceux qui sont encore – pour combien de temps – porteurs d’une sagesse intacte et si riche transmise par les ancêtres. Ils nous partagent cette culture où la tradition orale remplaçait les preuves irréfutables, où le cœur savait ce qui était juste et ce qui ne l’était pas. Où le cœur et la sagesse nourrissaient le discernement et le bon sens en fermant la porte aux mensonges et manipulations de toutes sortes.

Car la connaissance, pour être transmise, a besoin de sensibilité, d’humilité et d’ouverture du cœur. C’est en incarnant ces valeurs que les chamans de toutes les traditions ont réussi à entretenir de génération en génération une sagesse qui guide nos pas dans cette période où nous avons tellement perdu le sens même du chemin. Cette sagesse s’est appuyée parfois sur des chants, des danses, ou des contes. Ce que transmet le chaman, ce n’est pas qu’une information, c’est le fruit de son expérience et l’énergie qui y est associée. Le chaman n’enseigne pas, il transmet et révèle ce que notre cœur dans ses profondeurs sait déjà.

À une période où nous doutons de tout et de tous, où les fake news se multiplient et où nous sautons sur Wikipédia ou sur Google pour savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ou encore pour comprendre le grand mystère de la vie et de la nature, je pense sincèrement que la méditation, l’humilité, l’émerveillement devant le spectacle du divin seront toujours les portes de la vérité.

Alors je fais le vœu que nous puissions chacun retrouver l’humilité – et cette ouverture du cœur qui commence par accepter de ne pas savoir, puis de poser un genou à terre devant le grand mystère pour qu’il se dévoile et nous éclaire de sa lumière, celle qui nous attend dans notre cœur.

 

Arnaud Riou

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