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Ce dimanche matin, nous prenons un café à la terrasse du petit bistrot d’un village de l’Yonne. L’air est doux. Plusieurs hommes et femmes sont installés aux tables voisines et se racontent leurs histoires, surtout leurs misères.

J’entends l’un se plaindre du rond-point gênant à l’entrée du village, l’autre de ce gouvernement de nantis, loin des réalités. Je sens combien le fait de critiquer le monde en se disant victime fragilise nos ressources, surtout lorsque nous ne mettons rien en œuvre pour le transformer. Je respire profondément et apprécie le calme de la région, le chant des oiseaux, le charme de ce marché couvert en pierres de Bourgogne. La chance que j’ai d’être ici, et celle que j’ai d’être vivant.

J’aperçois un jeune homme qui marche seul et d’un pas décidé. La boulangerie où il se rendait étant close, il rebrousse chemin. Visiblement, il n’est pas du coin. Son visage est lumineux. Il porte un sac à dos qui à vue d’œil doit peser cinq ou six kilos. Probablement un pèlerin. L’itinéraire jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle passe par Ervy-le-Châtel. J’imagine à son pas qu’il marche depuis quelques heures et s’octroie une pause. Je l’aborde simplement et lui offre un verre. Il sourit. Il vient de Belgique. Mon intuition était juste, il voyage à pied et envisage le « camino » jusqu’à Saint-Jacques. Il nous montre sa carte. Il délasse ses chaussures et essore ses chaussettes. Il détonne ici, dans ce village où tout le monde semble se connaître. Il a quitté la Belgique mi-juin. Il a parcouru déjà quatre cent cinquante kilomètres à raison de trente kilomètres par jour. À ce rythme soutenu, il espère atteindre Saint-Jacques en Espagne avant la fin du mois de septembre, pour peu qu’il marche tous les jours. Ce n’est pas la première fois qu’il fait le chemin et paraît aussi déterminé qu’il est calme.

Du calme, il en faut autant que de la détermination pour s’engager dans une telle aventure. Au-delà du dépassement physique, des courbatures, des douleurs, c’est son mental qu’il doit dompter. Son ego qui lui demande : « À quoi bon te fatiguer » ; « Pourquoi tous ces kilomètres, alors que tu serais plus tranquille chez toi » ; « Tout cela n’est-il pas totalement vain ? » ; « En voiture, tu mettrais deux jours pour faire la route. » Notre marcheur doit s’adapter aux aléas du voyage. Parfois, les auberges ou refuges sont fermés, ou complets. Parfois, il peut se tromper de route et parcourir quinze kilomètres inutiles dans une journée parce qu’un GR n’aura pas été correctement balisé. Il s’expose aussi aux mauvaises rencontres. Ce sont les risques de ceux qui s’engagent dans un tel pèlerinage. Ce sont les risques de ceux qui sortent de leur zone de confort. Vivre, c’est prendre des risques.

Pourtant, de tout cela, notre homme ne semble pas se soucier. Il nous raconte ses premières surprises désagréables comme des trophées. Il est curieux, son esprit est vif, chaque imprévu lui apparaît comme une occasion de découvrir ses ressources. Son énergie est vivifiante et sa rencontre me fait du bien. « Le but sur le chemin est le chemin en lui-même. » Cette phrase plus que jamais prend tout son sens.

Pourquoi ce jeune homme ressent-il le besoin de consacrer trois mois de sa vie et six mois d’entraînement à ce pèlerinage ? Pour se dépasser ? Pour accéder au meilleur de lui, pour trouver la lumière ? Non pas la lumière des auberges qui pourraient l’accueillir, mais la lumière de son cœur qui lui donnera la force de suivre sa route lorsque les relais seront fermés. La lumière de la foi, celle qui fait aimer la vie et rencontrer le divin dans chacune de nos actions quotidiennes et dans chacun de nos obstacles.

Quelle folie de parcourir autant de kilomètres, demandent certains. D’autres s’interrogent sur l’intérêt de consacrer leur vie à accumuler des biens matériels superflus qu’il leur faudra laisser un jour.

Le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, ou encore une retraite de méditation, un jeûne, une pratique spirituelle nous permettent, en dépassant une zone d’inconfort, de trouver en nous de nouvelles ressources, une foi renforcée, un plus bel amour de l’être humain, des trésors qui ne s’épanouissent que lorsque nous sortons de notre zone de confort et de nos certitudes.

Croire en Dieu ou en la vie

On me demande souvent si je crois en Dieu, et pourquoi, s’il existe, il laisse faire les guerres, les conflits, les épidémies. Je ne crois pas plus en un dieu créateur qui serait extérieur à nous que je ne crois en un dieu rédempteur venu nous punir et que nous devrions craindre.

Pour les chamans, le divin est en nous comme il est en toute chose. Et nous avons le choix de le dénigrer ou de lui rendre hommage à chaque instant. Inutile de séjourner dans un temple ou dans une église pour recevoir l’Esprit saint. Les forêts sont des cathédrales aux yeux de ceux qui savent encore s’émerveiller ; les rires des enfants sont les chants des anges ; et la nature nous couvre d’autant d’épisodes qui sont des traits divins. Les obstacles mêmes sont des occasions de renforcer notre foi.

Plus nous entretenons ce respect du vivant, plus notre cœur s’ouvre, notre regard s’affine, les synchronicités se multiplient et notre vie devient magique sous tous les angles.

J’ai longtemps cru que les cadeaux de la vie attiraient la joie et la paix intérieure. Je crois désormais que c’est l’inverse. C’est notre état intérieur, notre joie inconditionnelle qui attirent à nous les manifestations du succès qui sont autant de raisons de se réjouir. C’est parce que nous croyons en l’amour que nous attirons le partenaire de vie qui nous correspond. C’est parce que nous nous sentons dignes de l’abondance que nous attirons celle-ci dans notre vie. C’est parce que nous rendons grâce à notre corps que nous nous maintenons en bonne santé.

Alors, comment entretenir sa foi au milieu des épreuves ? Me vient à l’esprit l’image de cette amie précieuse à qui l’on vient de diagnostiquer un cancer et qui nous apparaît soudain plus lumineuse, plus consciente et plus ouverte qu’elle ne l’a probablement jamais été. Je pense à cette femme rencontrée en Inde dans le Kerala, à qui je demandais le secret de son sourire éclatant. Pour elle, le fait de ne rien posséder lui permettait de n’avoir peur de rien. « Nous avons toujours peur de perdre ce que nous avons, me disait-elle. Comme je n’ai rien, je n’ai pas peur. C’est la peur qui ferme les cœurs. »

Est-ce plus facile de croire en la magie de l’homme et de célébrer le divin dans le confort doré de nos salons ? Les chemins de Compostelle et d’ailleurs sont autant d’occasions de révéler le meilleur de nous. En tout, nous pouvons retrouver la sensation de Saint-Jacques. « Approchez-vous de Dieu et Dieu s’approchera de vous », disait l’apôtre, que l’on appelait le fils du tonnerre.

Parfois, c’est une épreuve qui nous invite à nous dépasser, à retrouver notre foi, notre joie, et parfois les épreuves ne s’avèrent pas nécessaires. Par une pratique régulière de la méditation, par le développement de la pleine conscience, par une hygiène de vie corporelle, émotionnelle, énergétique et relationnelle, nous apprenons naturellement à devenir des êtres rayonnants. Car c’est bien là notre véritable nature.

Ce matin, j’ai pris les mains de cet inconnu dans les miennes, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : « Nous ne nous reverrons probablement jamais, mais peu importe, je vous sens dans mon cœur, car je sais que nous marchons sur le même chemin. »

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