C’était déjà le cas avant… Mais depuis la sortie du film Un monde plus grand, dans lequel Corine Sombrun relate son histoire en Mongolie, je reçois chaque jour un nombre important de messages d’hommes et de femmes se sentant « chamans » et cherchant à le faire reconnaître. Beaucoup s’interrogent : « Comment devient-on chaman ? », « Est-ce un titre ? une vocation ? un métier ? Est-ce inné ? Est-ce que ça s’apprend ? », « Qui peut nous reconnaître ? »

Être chaman n’est pas du tout perçu de la même façon en Mongolie qu’en France. En Mongolie, presque tous les chamans que j’ai rencontrés vivaient au départ cette identification comme une calamité, un sacerdoce, quand ce n’était pas comme une punition.

Comment savoir si nous sommes chaman ? Se pose-t-on la question ? Comment savoir si nous sommes artiste, si nous sommes danseur, philosophe, enseignant ou dirigeant ? Je crois qu’il y a un moment où l’on sait, tout simplement, et alors on ne cherche plus ni la reconnaissance ni la confirmation.

Bien sûr, il existe tout un protocole de reconnaissance plus ou moins officiel qui est différent en fonction des pays, des cultures, des époques. Bien sûr, il existe tous les degrés d’honnêteté, d’authenticité et de pouvoir chez les chamans. Alors, des charlatans chez les chamans ? Comme il existe des plombiers honnêtes et d’autres, malhonnêtes ; des garagistes, des enseignants, des médecins arrogants et ignorants, et d’autres, humbles et compétents. Le chaman ne fait pas d’exception à la règle et la mauvaise foi des uns n’a d’égal que la crédulité des autres. C’est avant tout dans notre posture quotidienne au fil des années et non dans un titre ponctuel que se révélera la voie chamanique. 

Être chaman est un engagement à prendre soin de la terre et de ses habitants par tous les moyens qui sont à notre disposition. Mais c’est aussi et avant cela un apprentissage personnel très privé qui exige de plonger dans notre propre chaos pour y trouver l’harmonie. C’est un voyage personnel, secret, intime, qui demande de faire la paix avec toutes les facettes de notre propre personnalité, d’apaiser les blessures de notre enfance, d’adoucir nos jugements, de renforcer notre confiance, notre stabilité et notre constance, d’apprendre déjà à vivre nous-même en paix, en harmonie, en sécurité et en vertu. Puis, une fois apaisée sa propre histoire, le chaman explore avec la même bienveillance et le même discernement les mondes parallèles. Les mondes d’en haut, celui des guides, des maîtres, et les mondes d’en bas, ceux des pulsions, des vies passées, des animaux totems. Il explore les mondes animal, végétal minéral et invisible.

VERS UN CHAMANISME URBAIN ?

Aujourd’hui, beaucoup m’interrogent ou se questionnent. Un chaman peut-il avoir un site Internet ? Un chaman vit de quoi ? de dons ? Il est normal que ces questions se posent à une époque où le monde est en plein bouleversement, où la vie nomade devient difficile en Mongolie, où les chamans d’Amazonie et du Pérou viennent enseigner en Occident et où l’exercice du soin ou de la médecine est à ce point contrôlé et légiféré. Nous devons nous sortir des images d’Épinal. Pour comprendre le rôle du chaman et sa place sur la terre, il nous faut réinstaurer les liens entre la spiritualité, l’écologie, l’économie et le développement personnel qui n’ont été affectés que par des guerres égotiques.

Si mon livre Réveillez le chaman qui est en vous s’est vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, est devenu un best-seller et a interrogé sur la question du chamanisme depuis sa sortie, c’est que le sujet passionne, interpelle, remet en cause. Nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus vouloir séparer, diviser, compartimenter. C’est pour cela que, toute l’année, je parle de chamanisme, et j’intègre concrètement des outils issus de la pleine conscience dans mes formations en entreprises ou pour les particuliers. C’est pour cela que je participe toujours volontiers aux colloques ou symposiums organisés ici et là sur les thèmes de la science, de l’économie, de l’entrepreneuriat. Car le chaman moderne doit connaître et comprendre son environnement dans sa dimension holistique. Un être qui sépare, un monde qui sépare, sont un être et un monde qui sont amenés à disparaître.

Le chamanisme est toujours à réinventer. Il s’adapte, il est comme l’eau. Parfois sous les traits d’un torrent, parfois sous les traits d’un lac, parfois sous les traits de la pluie, elle est  toujours présente.

En ce qui me concerne, je continuerai, avec passion, intégrité et engagement ce que j’ai commencé il y a vingt ans : établir les ponts entre la sagesse des chamans et le monde moderne. À travers mes livres, mes rencontres, mes voyages, je ferai ma part.

 

Pour aller plus loin, découvrez « Réveillez le chaman qui est en vous ».

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