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Pour les Maoris le Cape Reigna est l’un des endroits les plus sacrés de l’Ile. C’est sur ces falaises hors du temps, où la mer de Tasmane rencontre l’Océan Pacifique que les âmes quittent la terre à la fin de leur existence terrestre.

J’accompagne ce mois-ci un groupe en Nouvelle Zélande et nous nous posons sur ce site pour méditer. Nous sommes accompagnés de nos amis maoris, Osjasvine et Waimaania.

Les falaises forment comme le dos d’une tortue. La ressemblance est frappante. Je suis toujours impressionné de voir combien la nature est créatrice. La tortue est le symbole de la sagesse, de la longévité, de la lenteur. Selon différentes traditions, le monde est porté par quatre éléphants et ces éléphants sont soutenus par une tortue. L’intérieur de la carapace de la tortue forme une voûte céleste porteuse de la connaissance et de la sagesse C’est pourquoi les premiers écrits humains semblent n’avoir pas été gravés sur des pierres, mais sur des carapaces de tortue.

CAPE REIGNA

Ici, à Cape Reigna, les âmes qui viennent de quitter leur enveloppe terrestre se retrouvent sur un premier promontoire. Le karma est pesé. Toute la vie est observée à la lumière de la conscience. A quoi avons nous consacré notre existence terrestre ? A nous enrichir, à chercher à avoir raison, à nous battre ou à aider notre prochain ? Notre coeur s’est-il ouvert ? Avons-nous aimé ? Avons nous été sensible à la beauté, à la grandeur de l’esprit, de l’humanité ? Nos actions ont-elles été vertueuses ? Avons-nous rendu grâce à la beauté du monde ? Si l’ouverture du coeur et l’allègement de l’âme n’ont pas eu lieu, alors les âmes retournent sur la terre pour y réapprendre l’amour. La terre est un grand terrain d’exploration pour les apprentis sages !

Si sur la terre les âmes se sont réalisées, alors, elles s’envolent vers le second promontoire. Elles se préparent à rejoindre l’éternité, à retrouver le Dieu Mio, le grand esprit dans un espace où la dualité n’existe plus. Un arbre imposant a poussé tout au bout de la falaise il y a plusieurs siècles déjà. Pour les maoris, C’est là que les défunts se retiennent une dernière fois avant le grand voyage, dernier contact avec la matière, avec la terre, porté par le vent, les embruns, l’immensité.

La brume recouvre le paysage, une pluie fine succède au beau ciel bleu, puis le ciel se couvre intégralement de nuages pour se dégager à nouveau quelques minutes plus tard. Ce micro climat change à chaque instant nous rappelant l’impermanence. La pluie succède au soleil. Rien ne dure. Inutile de nous accrocher.

Quel endroit magnifique pour méditer sur le sens de notre vie !

Est-on au service de la beauté, de la grandeur, de l’amour ? A t’on rendu grâce à Dieu, à la beauté du monde ? Et si toute l’expérience terrestre était une opportunité de se préparer au grand départ. Et si méditer sur la mort, c’était apprende à aimer la vie ? En effet, la vie n’est pas l’opposée de la mort, c’est un cycle qui succède des naissances et des morts. L’enfant a besoin de mourir pour que l’adolescent meure, l’adolescent doit laisser la place à l’adulte et l’adulte lui-même dans sa vie connaît différentes petites morts, à chaque séparation, déménagement, rupture, décès de proches. Réussit-il alors à les vivre dans la plénitude du moment présent ?

Pour le Dalaï Lama, les êtres humains vivent comme s’ils n’allaient jamais mourir, puis meurent comme s’ils n’avaient jamais vécu. Ils passent ainsi à côté de l’essentiel. Ainsi, nous consacrons une énergie importante à des choses futiles, des petites actions pour flatter l’égo. Sans nous rendre compte de l’impact de nos actes, nous créons beaucoup de discorde. Puis mourrons sans nous y être préparé !

Les maladies, les ruptures, les accidents de la vie ne sont là que pour nous ramener à l’essentiel et pour nous inviter à réinstaurer l’harmonie en nous, en nous alignant, en ouvrant notre coeur. Ainsi alignés, la vie devient plus fluide et nous pouvons être plus aidant et plus aimant.

LE DERNIER JOUR DE VOTRE VIE

Je pose souvent la question en stage, si aujourd’hui était votre dernier jour ? A quoi le consacreriez-vous ? Méditer sur cette question, c’est revenir à l’essentiel et se préparer à vivre chaque journée plus intensément comme si elle pouvait être la dernière. Lors de mon dernier voyage en Mongolie, une chamane avait été surprise du nombre de français venant la consulter pour savoir comment donner du sens à sa vie. Cette question n’a pas lieu d’être ! La vie naturellement a un sens ! Inutile de donner du sens à la rivière, elle court seule. En revanche, nous pouvons poser de la conscience sur les événements qui nous arrivent, en comprendre la source et l’origine, mieux identifier les lois de causalité qui interagissent. Comprendre que tous les événements sont liés et que nous sommes nous mêmes tous reliés les uns aux autres. Notre vie alors devient plus paisible et nous pouvons devenir plus aimant.

Méditer sur la mort n’a rien de morbide, bien au contraire, cela nous rend plus conscient et donc plus vivant !

Christiane Singer nous le rappelait, la question n’est pas de savoir s’il y a une vie après la mort, mais si nous voulons vivre nos vies comme des morts vivants ou rentrer vivants dans la mort…

Entrer vivant dans la mort, c’est respirer profondément, être pleinement à ce que nous faisons, goûter chaque instant comme s’il était le dernier… Ou le premier. Alors, le coeur s’ouvre et la joie demeure et nous pouvons de tout notre corps, notre coeur et notre âme, plus que tout, aimer la vie !

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